De Lucy à Lucy Augmentée ou du désir durable – ses concepts originaux
Dans De Lucy à Lucy Augmentée ou du désir durable, Daniel Mauduit propose une réflexion globale sur l’évolution de la société humaine et sur la nécessité d’un changement de paradigme face aux dérèglements écologiques, économiques, sociaux, politiques et technologiques.
Le point de départ symbolique est Lucy, représentant l’humanité originelle. À l’autre extrémité se trouve « Lucy Augmentée », figure d’une humanité future qui aurait appris à utiliser la technologie, l’organisation collective et les ressources de la planète non plus principalement au service de la puissance ou de l’accumulation, mais pour construire une société plus équilibrée et durable.
L’auteur précise que son livre ne se veut pas académique. Il revendique une approche accessible, qu’il qualifie de « populaire », sous la forme d’un « inventaire à la Prévert ». Son ambition n’est cependant pas seulement de dénoncer les dysfonctionnements contemporains : il veut proposer des solutions susceptibles de conduire à un nouvel écosystème social.
De la maîtrise du feu à la révolution numérique
Le prologue inscrit cette réflexion dans le temps long de l’humanité. Après la maîtrise du feu, l’une des grandes inventions humaines est, pour Daniel Mauduit, la capacité de représenter et de transmettre la pensée.
L’écriture, puis l’électronique et finalement Internet ont progressivement aboli les contraintes de distance et de temps. Le numérique a ainsi profondément transformé l’organisation de la société.
Mais cette révolution possède deux faces.
Elle offre des capacités extraordinaires de communication, d’organisation et de partage des connaissances. En même temps, elle peut favoriser la déshumanisation, l’emprise économique et la disparition de la frontière entre vie professionnelle et vie privée. L’auteur utilise notamment l’image de personnes devenues des « Dalton » enchaînés virtuellement à leur « boulet communicant ».
Le problème n’est donc pas nécessairement la technologie elle-même, mais l’écosystème économique, social et politique dans lequel elle est utilisée.
Première partie — Faire l’inventaire de notre société
La première grande partie constitue un diagnostic.
L’auteur examine successivement le passage du partage à la privatisation, Internet et la cupidité, l’argent, les transformations économiques, le travail, les organisations, la finance, la publicité, le marketing et l’exploitation du temps.
Une question traverse cette partie : comment reprendre collectivement la maîtrise des instruments que l’humanité a créés ?
Le numérique est emblématique. Il peut devenir un instrument de concentration de la richesse et du pouvoir, mais il peut également constituer l’infrastructure d’une nouvelle organisation sociale.
L’auteur envisage donc un passage du fonctionnement vertical vers des structures davantage horizontales, accompagné d’une transformation du rapport au travail, à l’énergie, aux ressources, à la finance et aux organisations.
C’est progressivement qu’apparaît l’idée centrale du « cercle vertueux de Lucy à Lucy Augmentée ».
Deuxième partie — Construire les outils du changement
La deuxième partie cherche, d’après le sommaire, à identifier les leviers permettant cette mutation.
Daniel Mauduit aborde des domaines extrêmement différents : écologie, place des femmes, religion, droit, production locale, temps, héritage, langage, télécommunication, commerce électronique, monnaie, entreprise et finance.
Cette diversité correspond précisément à son approche systémique : on ne peut pas modifier durablement la société en agissant sur un seul paramètre.
La transformation doit concerner simultanément les comportements individuels, l’économie, les institutions et les technologies.
Le livre développe ainsi plusieurs notions propres à l’auteur :
- économie Augmentée ;
- e-commerce Augmenté ;
- messagerie Augmentée ;
- monnaie durable ;
- « éco-monnaie » ou Ecu ;
- entreprise ayant une utilité sociale ;
- développement durable Augmenté.
La logique semble être de réorienter les mécanismes économiques afin que la création de valeur économique contribue également à la création de valeur collective et environnementale.
L’entreprise ne disparaît donc pas. Sa finalité évolue.
De même, la finance et la monnaie ne sont pas rejetées ; elles doivent être transformées pour redevenir des instruments au service de l’économie réelle et de la société.
Troisième partie — Transformer la démocratie et dépasser l’État-nation
La troisième partie élargit considérablement le raisonnement.
Après l’économie et la société, Daniel Mauduit s’intéresse à l’organisation politique du monde.
Il examine l’évolution de la démocratie et propose différentes formes de démocratie directe ou « augmentée », en s’appuyant notamment sur les possibilités offertes par le numérique.
Apparaissent alors plusieurs concepts : Charte de l’Humanité Augmentée (C.H.A.), e.Démocratie, e.Ecclésia, e.Droit et différentes structures de représentation des citoyens.
L’objectif semble être de rapprocher les citoyens de la décision politique tout en utilisant le numérique pour organiser la consultation, la représentation et la prise de décision.
Cette évolution conduit finalement l’auteur à dépasser le cadre national.
Le dernier chapitre envisage ainsi explicitement un :
« État supranational Augmenté — Outil de la paix universelle ».
Il aborde notamment une ONU Augmentée, le droit international, les biens communs, les migrations, la transformation des entreprises, la finance internationale, la gestion des ressources et ce qu’il appelle la « planécologie ».
La planète devient ainsi l’échelle pertinente pour traiter certains problèmes qui dépassent structurellement les frontières nationales.
La philosophie générale : le « Désir Durable »
Le concept le plus intéressant du livre est probablement le choix du terme Désir Durable, plutôt que simplement « développement durable ».
Le développement durable est généralement présenté comme une nécessité, voire comme une succession de contraintes : consommer moins, polluer moins, limiter certaines activités.
Daniel Mauduit semble chercher une autre dynamique : faire d’une société durable une société désirable.
Il ne s’agirait donc plus uniquement de préserver la planète en demandant aux individus de renoncer à une partie de leur bien-être, mais d’imaginer une organisation dans laquelle progrès technologique, qualité de vie, liberté, solidarité et protection de l’environnement pourraient se renforcer mutuellement.
C’est ce qui donne son sens au passage de Lucy à Lucy Augmentée.
Lucy représente l’origine de l’aventure humaine.
Lucy Augmentée représente une humanité ayant acquis des capacités technologiques extraordinaires mais qui serait également devenue suffisamment mature pour les mettre au service du bien commun.
Le mot « Augmentée » ne signifie donc pas simplement « technologiquement augmentée ». Dans la logique du livre, l’augmentation paraît être simultanément humaine, sociale, économique, démocratique et écologique.
En une phrase
On pourrait résumer la proposition générale ainsi :
L’humanité dispose désormais des connaissances et des technologies nécessaires pour transformer profondément son organisation ; l’enjeu est de réorienter ces instruments afin de passer d’un système fondé sur la compétition, l’accumulation et l’exploitation des ressources à un cercle vertueux associant progrès, démocratie, partage, respect de l’humain et régénération de la planète.
Et c’est précisément ce nouvel équilibre que Daniel Mauduit désigne comme le passage « de Lucy à Lucy Augmentée » et comme la recherche du « Désir Durable ».
